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Pour les
initiés, il s’agit d’un art subtil et délicat, qui tour à tour
intéresse, séduit, captive, surprend aussi parfois du fait de
situation extrêmement variée, et même imprévue. D’autres mélomanes,
moins informés peut-être, assimilent cette pratique à un phénomène
plutôt mystérieux, à une manière de don tout à fait exceptionnel et
quelque peu inquiétant. Il existe enfin de francs détracteurs de
l’improvisation ; ils la considèrent comme un mauvais succédané de
la musique, un tour de force demandant certes beaucoup de réflexes
et d’habileté, mais par cela même, plus proche de l’attraction de
music-hall que de l’art véritable.
Et
pourtant ?... À bien y réfléchir, qui d’entre nous n’a pas
fréquemment l’occasion de recourir, sans même le soupçonner, à des
techniques mentales s’apparentant à l’improvisation ? Au cours d’une
conversation, ou d’une discussion, n’est-il pas nécessaire de faire
montre de beaucoup de spontanéité pour tenter d’imposer son propre
point de vue ? Une explication donnée sur un sujet quelconque à
l’aide d’éléments qui ne sont évidemment pas le fait d’un hasard,
même providentiel, mais qui sont exprimés, actualisés, avec des
mots, des propositions, des phrases bien construites, cette
explication ne suppose-t-elle pas des moyens de réalisation et
d’expression identiques à ceux qu’emploient journellement les
improvisateurs ? Les grands orateurs n’ont-ils pas recours à une
telle pratique ?
Mais, si
l’improvisation n’est pas limitée au domaine de la musique, c’est
peut-être là qu’elle trouve sa plus belle justification, du fait de
l’infinie diversité du monde sonore auquel elle fait appel, et de
son aptitude certaine à rendre plus subtilement, plus profondément
les différents états d’âme de l’artiste. L’absence de prétexte
littéraire permet sans doute possible plus de mobilité, plus de
liberté d’expression. Quand, par hasard, ce prétexte est imposé, il
est susceptible de se prêter à de multiples interprétations, selon
les réactions et le tempérament de chacun. |